Le mot de Yannick Vigouroux

"A l'ère d'une “virtualisation” toujours plus grande du réel (Christian Gattinoni), qu’est-ce aujourd’hui qu’une pratique “archaïsante“ en photographie ?

Qu'est-ce que la “FOTO POVERA“  ?, ou encore une pratique “A MINIMA“, pour reprendre le titre de l'exposition présentée à la Médiathèque Marguerite Duras  ?...
C'est une manière alternative de voir, d'élaborer sa vision du monde à l'aide de boîtiers que l'on a soi-même réalisés, ou détournés de leur usage habituel.

Il s'agit avant tout d'une attitude, d'une tournure d'esprit. Depuis les années 1970, voire les années 1960, ont en effet émergé des pratiques qui contestent les contraintes de la doxa photographique, vont à rebours d'une utopie techniciste de perfection, de la netteté de l'image, qui habite l'histoire de la photographie depuis ses débuts. Celles-ci refusent la norme dominante de la photographie piquée, bien cadrée.

Une tendance qui s'est confirmée depuis le milieu des années 2000. De nouvelles pratiques, hybrides ou non, ont en effet émergé : photos prises avec appareils-jouets en plastique, photos au téléphone mobile et sténopés revendiquant une économie et pauvreté parfois paradoxales, accompagnées parfois d’une volonté de dégradation du signe argentique ou du signal électronique.

Employer des appareils amateurs en plastique, les transformer si l'on a envie, fabriquer un sténopé avec une boîte en métal à thé ou à café, une canette de soda ou de bière, c'est élaborer sa propre machine de vision. Casser l'optique d'un compact numérique pour la remplacer par un capuchon en plastique percé d'un trou, c'est faire violence, symboliquement et littéralement, à la doxa de la perfection technique.

Ce sont les enjeux majeurs de telles pratiques : montrer que le monde peut être perçu et surtout construit autrement, recréé subjectivement, qu'il est possible sinon urgent et nécessaire d'échapper aux rectangles normatifs des télévisions, des écrans d'ordinateur et des téléphones mobiles. Que l'on peut échapper au diktat des marques, au “prêt à penser“  et “prêt à regarder“ de la société de consommation, y compris, désormais, avec ces téléphones mobiles justement, et quel que soit leur degré de sophistication…"

Yannick Vigouroux, juin 2012

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